Entre ville et campagne

Posted on 1 décembre 2008

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Rencontré à Lyon, pour son exposition « Villes » à la Bibliothèque de la Part Dieu et à l’occasion de la sortie de son film « La vie moderne », en 2008, Raymond Depardon répond à quelques questions. Cette interview fait aujourd’hui écho à son exposition sur la France, actuellement à la BnF. Il reparle aussi brièvement de la photo de Munich… et de ses premiers modèles : des chats.

Peut-on dire que vous êtes imprégnés de la campagne ?

« Je crois que je suis l’un des rares photographes qui vienne en ligne directe d’une famille de paysans.  Il y en a très peu. C’était violent à l’après guerre, parce que tout le monde venait des campagnes et effectivement il y avait un vrai complexe, il ne fallait pas montrer ses origines rurales. Il fallait plutôt les dissimuler. Mais moi aussi j’ai fait ça, j’ai espacé mes retour à la ferme, un petit peu comme si je voulais oublier d’où je venais. »

A quand remontent vos premières photos ?

« Visiblement mes premiers compagnons de photo étaient les chats, qui mangeaient les souris. Ca veut dire que j’étais vachement bon parce que j’étais là au bon moment. J’ai une photo de chat qui vient de manger une souris, c’était au flash, comme ça,  comme un paparazzi dans les greniers. Maintenant, je ne pourrais plus la refaire cette photo. Il fau  être planqué… ! »

Quelles contraintes vous êtes-vous donné pour votre travail sur les villes ? Pourquoi ?

« J’avais décidé de ne rester que trois jours dans chaque ville. Je ne pouvais pas flâner non plus. Tout était photographiable, tout était filmable. J’avais pris cette démarche d’être vraiment d’être degrés zéro de dramaturgie. C’est le contraire du reporter journaliste qui doit ramener un scoop. Là, tout est intéressant, un trottoir, un passage clouté, un hall d’hôtel, les vues de ma chambre. Chose que je n’avais pas tellement photographiée parce qu’effectivement quand j’étais photographe de presse, ces photos étaient presque interdites. En plein milieu de la planche contact, si tu photographiais ton lit ou ta chambre d’hôtel on me disait :  « Raymond, tu te prends pour un artiste, ça suffit ! »(Rires). Si je venais pour le pape ou la reine d’Angleterre, il n’était pas question de photographier la ville !

Quand c’est une photo historique, j’en ai fait quelques unes, comme par exemple le palestinien, à Munich, au balcon, effectivement, je suis plutôt bien placé parce j’ai le bon moment, le bon objectif, le meilleur objectif au monde, un Leica 800, je suis vraiment au fort de ma forme de reporter. Le mec est sorti sur le balcon, on est deux à l’avoir, un américain et moi et voilà on l’a. Ca s’est sur, elle illustre cette partie là de l’histoire. Mais c’est vrai que je ne peux pas rester comme ça à faire toujours ce genre de photos. Ca ne m’intéresse pas. »

Est-ce qu’il y a des moments où vous avez posé l’appareil photo ?

« Tout le temps, heureusement. Des fois, je sors sans, mais je me dis que je suis idiot parce que je vois un truc et je ne l’ai pas ! Tu montres trois photos, il y en a un qui marche. Ce sont toujours des critères qui sont « extra-image ». Toi tu en as bavé, tu trouves que cette photo mérite : et c’est le bide total…  Et il y a des photos que tu as fait vraiment sans aucun mérite, t’as juste appuyé,  et là tout le monde te dit : « Ah quelle belle photo » (Rires). Donc il faut rester modeste. »

Propos recueillis par Margaux Duquesne pour Lyon Capitale, octobre 2008.

Lyon, 2008 © Margaux Duquesne

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