Guatemala, le génocide silencieux

Posted on 1 février 2011

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Miquel Dewever-Plana a travaillé pendant de longues années au Guatemala, en tant que photojournaliste. Il a tenté, par ses photos, de témoigner du massacre dont le peuple maya a été victime, pendant la Guerre Froide. Une tragédie qui selon lui n’a pas trouvé écho dans le reste du monde : Miquel a choisi de tracer sa route aux côtés de ce peuple oublié.

 » Je suis devenu photographe par hasard, ce sont les Mayas qui m’ont donné envie d’être photographe. »  Quand il part, pour la première fois au Guatemala et au Mexique, il fait des études de bio-chimie. En janvier 1991, par un concours de circonstances, il a l’opportunité d’aller dans des camps de réfugiés, période où il y a un conflit armé au Guatemala. Dans les camps du sud du Mexique, un grand nombre de Guatémaltèques mayas vivent dans des conditions précaires. Dans la capitale du Guatemala, Miquel rencontre une jeune femme Maya qui lui explique que toute sa famille est réfugiée au Mexique mais qu’elle reste sans nouvelle… Miquel lui propose de partir à la recherche de ses proches. « A l’époque, j’étais un peu routard, je voyais ça comme une aventure. Au retour de ce voyage, je me suis rendu compte que j’avais envie de témoigner mais je ne savais pas comment. Au fil des ans, j’ai compris que la photographie était mon langage, et qu’à travers elle, on pouvait dire beaucoup de choses, notamment dans un pays où la majorité de la population est analphabète et n’a pas la compréhension de la lecture. » Miquel Dewever-Plana perçoit son travail comme un devoir de mémoire.

© M. DEWEVER PLANA / AGENCE VU GUATEMALA, SOUS LA TERRE, LA VERITE DECEMBRE 2003

Pendant la guerre froide, l’armée guatémaltèque pratique la politique de la terre brûlée, éliminant des populations indiennes entières : 200.000 personnes sont massacrées, 45.000 sont portées disparues et 430 communautés mayas ont été rayées de la carte. Le massacre le plus meurtrier d’Amérique Latine est longtemps passé sous silence. La série de photographie de Miquel Dewevel-Plana s’intitule ainsi : « Guatemala, le génocide silencieux« .

© M. DEWEVER PLANA / AGENCE VU

5000 exemplaires du livre réalisé par Miquel (des photographies, accompagnés de témoignages des victimes) seront offerts aux familles de parents disparus : « ce que l’on prend pour faire notre travail, on se doit de le rapporter d’une façon ou d’une autre, aux gens qui nous ont fait confiance. » Autour de ça, un travail est réalisé dans les écoles pour que les enfants sachent ce que leur parents et grands-parents ont vécu.

 » Le problème, c’est qu’il y a un tabou sur ce sujet. Il y a une espèce de honte par rapport à ce qu’ils ont vécu. Même s’ils ne comprennent pas pourquoi ça leur est tombé dessus, on a généré en eux un sentiment de culpabilité. On leur a fait croire qu’ils méritaient d’avoir vécu ce massacre. Quand une mère a été violée, quand un père a vu toute sa famille se faire massacrer, de façon cruelle, c’est dur de raconter ça à ses enfants, parce qu’ils considèrent aussi qu’ils n’ont pas le droit de souffrir comme eux ont souffert. Il y a un chaînon manquant dans leur histoire : tous les traumatismes psychologiques que les parents ont eu, ils le transposent chez leurs enfants sans le savoir, et les enfants ne connaissent pas leur histoire. »

© M. DEWEVER PLANA / AGENCE VU

Les conséquences de ce conflit armé se font sentir au quotidien aujourd’hui, au Guatemala : la misère, l’extrême violence. « Il y a des groupes juvéniles, au Guatemala, qu’on appelle les Maras, qui contrôlent des quartiers et qui sont d’une violence extrême. Beaucoup d’entre eux viennent de familles qui ont vécu ces massacres et qui pour survivre, ont fui leur village et sont venues s’installer dans des bidonvilles, au Guatemala. Ils sont le résultat d’une accumulation d’autres violences : la misère, le manque d’accès à une bonne éducation, la violence au sein de la famille, souvent des pères alcooliques ou qui battent leurs femmes et enfants, souvent il y a des abus sexuels, un manque d’éducation qui fait que les enfants n’ont pas d’emploi et s’ils en trouvent un, c’est très mal payé… Cette violence est leur réponse de survie et l’unique langage qu’ils ont connu depuis tout petit. »

« C’est un peuple qui a souffert depuis cinq siècles, donc il est extrêmement secret et méfiant. Donc il est très difficile et très long de pouvoir travailler avec eux. Il faut qu’ils aient suffisamment confiance en toi pour te permettre de vivre dans leur communauté et ensuite de se livrer à toi. »

« La verdad bajo la tierra », de Miquel Dewevel-Plana, éd. Blume

Propos recueillis par Margaux Duquesne

Miquel Dewever-Plana a travaillé pendant de longues années, et travaille aujourd’hui encore, au
Guatemala, après avoir suivi une formation de photojournalisme de 1994 à 1995. Il tente, par ses
photos, de témoigner du massacre dont le peuple maya, présent dans ce pays, a été victime, de 1995
à 2000. Une tragédie qui selon lui n’a pas trouvé écho dans le reste du monde : Miquel a choisi de
tracer sa route aux côté de ce peuple oublié.
Lorsqu’on lui demande « pourquoi le Guatemala ? », la réponse de ce photojournaliste est
troublante : « Je n’ai pas l’impression que ce soit moi qui l’ais choisi, je pense plutôt que c’est le
Guatemala qui m’a choisi. » Miquel le dit lui-même : il est devenu photographe « par hasard ». Les
mayas lui ont donné envie de faire des clichés. Quand il part, pour la première fois au Guatemala et
au Mexique, il n’est alors pas photographe et faisait des études de bio-chimie. En janvier 1991, par
un concours de circonstance, il a l’opportunité d’aller dans des camps de réfugiés : à ce moment-là,
le Guatemala est victime d’un conflit armé. Dans les camps du sud du Mexique, un grand nombre de
Guatémaltèques mayas vivent dans des conditions précaires. Dans la capitale du Guatemala, Miquel
rencontre une jeune femme maya qui lui explique que toute sa famille est réfugiée au Mexique
mais qu’elle reste sans nouvelle… Miquel lui propose de partir à la recherche de ses proches. « A
l’époque, j’étais un peu routard, je voyais ça comme une aventure. Au retour de ce voyage, je me
suis rendu compte que j’avais envie de témoigner mais je ne savais pas comment. Au fil des ans,
j’ai compris que la photographie était mon langage, et qu’à travers elle, on pouvait dire beaucoup
de choses, notamment dans un pays où la majorité de la population est analphabète et n’a pas la
compréhension de la lecture. » Miquel Dewever-Plana perçoit donc son travail comme un devoir de
mémoire et un devoir en tant que photojournaliste.5000 exemplaires de ce livre offerts aux familles de parents disparus : « ce que l’on prend pour
faire notre travail, on se doit de le rapporter d’une façon ou d’une autre, aux gens qui nous ont fait
confiance. » Autour de ça, travail autour des écoles pour que les enfants sachent ce que leur parents
et grands-parents avaient vécu.
Tabou : il y a une espèce de honte par rapport à ce qu’ils ont vécu. Même s’ils ne comprennent
pas pourquoi ils ont vécu ça, on a généré en eux un sentiment de culpabilité. On leur a fait croire
qu’ils méritaient d’avoir vécu ce massacre. Quand une mère a été violé, quand un père a vu toute
sa famille se faire massacrer, de façon cruel, c’est dur de raconter ça à ses enfants, parce qu’ils
considèrent aussi qu’ils n’ont pas le droit de souffrir comme eux ont souffert. Il y a un chaînon
manquant dans leur histoire : tous les traumatismes psychologiques que les parents ont eu,
ils le transposent chez leurs enfants sans le savoir (enfants connaissent pas leur histoire). Les
conséquences de ce conflit armé se font sentir au quotidien aujourd’hui, au Guatemala : la misère,
l’extrême violence. Il y a des groupes juvéniles, au Guatemala qui contrôlent des quartiers et qui sont
d’une violence extrêmes. Beaucoup d’entre eux viennent de famille qui ont vécu ses massacres et
qui pour survivre, ont fui leur village et sont venus s’installés dans des bidonvilles, au Guatemala. Ils
sont le résultat d’une accumulation d’autres violences : la misère, le manque d’accès à une bonne
éducation, la violence au sein de la famille, souvent des pères alcooliques ou qui bat leur femmes et
enfants, abus sexuels, sans éducation, les enfants n’ont pas d’emploi et s’ils en trouvent un, c’est très
mal payé. Cette violence est leur réponse de survie et l’unique langage qu’ils ont connu depuis tout
petit.

 

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