Talibans en photo : la polémique

Posted on 31 août 2008

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Le festival Visa pour l’Image fête son 20ème anniversaire à Perpignan au moment même où Paris Match publie un reportage sur les talibans très critiqué.

© Véronique de Viguerie

Véronique de Viguerie, à l’origine des photos incriminées, et Jean-Raphël Drahi, photographe de l’armée de Terre, reviennent sur cette polémique.

 » Voyeurisme « ,   » mise en scène « ,  » propagande de terroristes «  … Le reportage de Véronique de Viguerie dans Paris Match , montrant les talibans qui ont tendu une embuscade aux dix soldats français en août dernier, a suscité une très vive polémique. On y voit par exemple un des talibans exhibant une montre qui appartenait à l’un des militaires français. Le gouvernement s’est dit  » indigné  » (François Fillon) ou encore  » choqué «  (Hervé Morin). Des accusations  » hypocrites «  pour Véronique de Viguerie, jointe par téléphone (lire ci-dessous).

A Perpignan, les professionnels du photojournalisme se sont empressés de défendre le travail de leur consoeur. Et au cœur de cette ville vouée, pendant quinze jours, à témoigner entre autre des horreurs de la guerre, nous avons rencontré Jean-Raphaël Drahi, qui tente de recadrer le débat. Son métier ? Militaire. Mais pas que : il est aussi l’un des trois photographes officiels de l’armée de Terre.  » Moi ça me touche personnellement, ce sont des frères d’armes qui sont tombés «  , confie-t-il en premier lieu.  » Mais je ne suis pas choqué par ces photos, ces journalistes ont fait leur travail. D’autant plus que Véronique de Viguerie est une grande photographe qui connaît bien l’Afghanistan. Après, la manière dont ont été exploitées ces images, dans l’urgence et dans un but lucratif, peut donner matière à polémiquer. « 

Jean-Raphaël Drahi, à Perpignan © Margaux Duquesne

Et l’adjudant Drahi sait de quoi il parle : lui aussi a photographié ce pays en guerre. Ce sont justement des clichés qu’il a fait là-bas, intégré dans une équipe de l’OMLT ( » Operational mentoring and liaison team  » : un groupe de militaires français et américains chargé de conseiller l’armée nationale Afghane) qui lui ont valu ‘le prix spécial du jury pour le Visa Off’ . Pour Drahi, le débat était attendu car selon lui « informer, c’est forcément polémiquer. »

 

 

Deux questions à Véronique de Viguerie, photographe pour l’agence américaine WPN

 » Si c’était à refaire… « 

Lyon Capitale : Ce reportage vous a valu de vives critiques. Si c’était à refaire, que changeriez-vous ?

 » Juste une chose. En fait, lorsque je suis arrivée, je regardais l’uniforme d’un des talibans, celui que l’on voit au premier plan, sur la première photographie. Les talibans m’ont expliqué que ce n’était pas l’uniforme d’un soldat français, ils l’avaient récupéré dans un bazar. Au deuxième plan, on voit un taliban qui porte un gilet pare-balle et un casque. Pour ces affaires-là, je ne sais pas si elles appartenaient à un Français. Paris Match bouclait mardi, j’ai envoyé mes photos lundi en fin de journée. La communication était très difficile, de là-bas. Et dans l’urgence, cette photo a été mal légendée : on a écrit que les talibans portaient les vêtements des soldats français tués au combat. Si c’était à refaire, j’aurais fait plus attention à ce que les photos soient bien légendées. Pour le reste, je ne changerais rien.  »

Comment avez-vous réagi face aux critiques provoquées par ce reportage ?

 » Je trouve la polémique abusive. Je pense que ces photos ne méritent pas d’être censurées car elles apportent une vraie information. Il y a la guerre en Afghanistan ; mon rôle de journaliste est de montrer ce qui se passe des deux côtés. A partir du moment où une personne, n’importe qui, prend contact avec un journaliste, il est évident que c’est de la communication ! Ces accusations sont hypocrites. Ils ont accepté de me recevoir car ils avaient un message à faire passer. Le reportage aurait été publié dans un autre journal comme Le Monde ou Le Figaro, les réactions auraient été différentes. On ne devrait pas juger en fonction du support. La seule critique que j’accepte de bonne foi est celle des familles des soldats français.  »

Propos recueillis par Margaux Duquesne

Pour Lyon Capitale, septembre 2008.


 

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