Manifestations à Lyon : clichés spontanés

Posted on 27 octobre 2010

1



Loïc Chollier. Son nom ne vous dit peut-être rien. C’est normal. Loïc n’est ni journaliste, ni photographe, ni artiste. Pourtant, ces images des manifestations de Lyon contre la réforme des retraites ont fait le tour du web, en quelques jours. Rencontre avec ce reporter d’un jour…

Loïc a 20 ans et fait ses études d’informatique à SUPINFO, à Lyon. Il est aussi auto-entrepreneur et créée des sites web. Il est originaire de Viennes, à 30 km de Lyon.

Pourquoi t’es tu retrouvé en plein milieu des manifestations ?

Le lundi [18 octobre], j’ai vu sur Twitter quelques images de la Croix-Rousse. Ça semblait être un sacré bazar et comme je n’ai pas encore repris les cours, je me suis dit : autant aller voir. J’y allait uniquement pour la photo. Je ne suis pas vraiment engagé et en tout cas, pas du côté des manifestants… J’y suis allé tout seul le premier jour et j’ai croisé un collègue sur place. Après on a fait nos photos ensemble.

As-tu été surpris par violence des manifestations ?

Surpris, oui c’est certain. Je n’étais jamais allé à une manifestation avant. J’ai d’abord rejoins le cortège au niveau de Saxe (j’ai été obligé de sortir du métro à Place Guichard, les autres arrêts étant fermés). Au début c’était calme, on le voit sur la première photo de la série.
Puis une fois arrivé place Bellecour, ça c’est mis à chauffer. Je ne me suis rien pris dans la figure, mais je ne suis pas passé loin, plus d’une fois ! Juste une pierre dans le pied. Le fait d’avoir un appareil photo aidait le premier jour :  les policiers nous laissaient passer ou rester derrière eux. Par contre le mercredi, je me suis retrouvé bloqué deux heures sur le pont de la Guillotière et seuls les journalistes avec une carte de presse pouvaient franchir le cordon de CRS.
Globalement aucun soucis pour prendre des photos, mis à part le GIPN qui m’a crié dessus quand j’ai voulu les prendre en photo pendant une interpellation alors qu’ils m’avaient déjà dit de circuler.
Pourquoi y es-tu retourné pendant les trois jours ?

Je voulais voir comment ça évoluerait. Au final le dispositif policier s’est amélioré et ils ont de mieux en mieux canalisé le mouvement jusqu’à bloquer tout le monde place Bellecour le jeudi. Par chance, j’ai pu me mêler à un groupe d’employés d’OnlyLyon qui sortaient du kiosque de la place et franchir une sortie avec eux. Des amis eux sont restés bloqués, se sont fait gazer à plusieurs reprises.

Quel rapport entretiens-tu avec la photo ?

La photo pour moi c’est un hobby avant tout, ma pratique est très irrégulière, avant de faire les photos des manifestations, ça faisait peut-être deux mois que je n’avais pas utilisé mon Reflex. Mon boulot est sans rapport avec la photo.

Quel écho as-tu eu après les avoir publié sur internet ?

Beaucoup d’échos ! J’avais laissé les photos en public sur Facebook. Elles ont énormément tourné. En trois jours j’ai eu plus de 200 demandes d’amis ! Au début je les acceptais mais j’ai fini par en supprimer la plupart, cela devenant ingérable. Idem pour les messages  de félicitations, je ne m’y attendais vraiment pas, ne me considérant pas vraiment comme un artiste ou une photographe. Toujours est-il qu’il est plaisant de recevoir des encouragements.
J’ai aussi été contacté par des journalistes mais je leur ai répondu trop tard et le mouvement ayant faibli, ils n’étaient plus intéressés. A vrai dire, beaucoup de gens m’ont dit dans les messages de tenter de vendre mes photos mais je n’avais pas les contacts et après tout ça n’est pas mon métier. A l’avenir je m’y prendrais différemment je pense et mettrai directement un watermark sur mes images. Il m’arrive en consultant des profils Facebook de voir que certains ont publié des albums avec mes photos ou en ont fait leur image de profil…
Un particulier m’a également contacté pour avoir mes photos en grand tirage et signées, c’est déroutant mais une fois de plus ça fait plaisir.

Que retires-tu de cette expérience ?

Ça m’a redonné le goût à la photo, je reprends mon Reflex quasi tout le temps maintenant. Je ne veux pas rentrer dans le débat mais j’ai vu selon moi une horde de sauvages aux alentours de l’avenue Gambetta (à monter sur les voitures, détruire des rétro-viseurs et piller des magasins). Je me demande ce que donnerons tous ces gens (qui étaient des casseurs, pas des manifestants que ce soit clair) plus tard…
Propos recueillis par Margaux Duquesne
Publicités
Posted in: Chollier Loïc