Couleur tchétchène, Laurent Van der Stockt

Posted on 13 décembre 2011

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Né en 1964 en Belgique, Laurent Van der Stockt a couvert les conflits d’Irak, d’ex-Yougoslavie, d’Afghanistan, de Tchétchénie… Il débute dans le milieu de la photographie, à l’âge de 14 ans : il travaille alors dans un laboratoire photo, « bien avant de penser à faire du journalisme ». En 1990, il intègre l’agence Gamma. Aujourd’hui, il est un photojournaliste largement reconnu par ses pairs. Rencontre à travers les ondes…

Je n’aime pas faire d’interview par téléphone. Mais parfois, nous n’avons pas le choix. Je souhaitais faire la rencontre de Laurent Van der Stockt, alors qu’il présentait son exposition IN IRAQ, au Petit Endroit, à Paris. Comme il était à New York, nous avons réalisé cet entretien par téléphone.

Ses images ont été réalisées en Irak, entre 2003 et 2005.

Irak, Fallujah, le 30 novembre 2004 Le centre ville de Fallujah après l’opération “Phantom Fury”. © Laurent Van der Stockt / Gamma

Irak, Bagdad, le 23 avril 2003. Dans le centre de la ville, quinze jours après l’entrée des troupes américaines. © Laurent Van der Stockt / Gamma

Irak, le 6 avril 2003. Les soldats américains du 4e Marine pendant leur progression vers Bagdad. © Laurent Van der Stockt / Gamma

« L’Irak, maintenant, je n’y retourne plus. Il y a trop d’inimitié de la part des habitants, trop de problèmes de sécurité… Se promener avec un appareil photo, en Irak, est devenu dangereux. Alors on vole des images, on sort peu. On ne peut pas construire un récit correctement (…) En Yougoslavie, les gens comprenaient l’importance de la présence des journalistes. Ils comprenaient que ce métier était important. Aujourd’hui, en Irak, au Pakistan le seul fait d’être un étranger est déjà un risque en lui-même. »

Mostar Est, Bosnie, septembre 1993. Une affiche de propagande croate dégradée par le temps © Laurent Van der Stockt / Gamma

Mostar Est, Bosnie, septembre 1993. Une affiche de propagande croate dégradée par le temps © Laurent Van der Stockt / Gamma

Un travail de fond

« En 1991, un an après être entré  dans une agence, j’ai eu un accident en Yougoslavie. J’ai reçu un éclat d’obus dans le bras. J’ai été immobilisé pendant deux ans. J’ai eu le temps de réfléchir. J’ai compris que je m’étais éloigné de mon objectif premier. J’avais adopté de mauvaises manières pour rapporter un évènement. Il fallait que je prenne plus de temps pour faire mon travail, pour faire un travail qui reste. »

Voici un extrait de son travail sur la guerre en Tchétchénie, réalisé de 1995 à 1999 :

Tchétchénie, décembre 1999. Combattants tchétchènes en chemin pour Grozny. Ils traverseront les lignes de front russes devant l’armée pour entrer dans la ville et la défendre. © Laurent Van der Stockt / Gamma

Tchétchénie @ Laurent Van der Stockt / Gamma

Soldats russes arrêtés par la résistance tchétchène à Grozny, 1995 © Laurent Van der Stockt / Gamma

Grozny, Tchétchénie, 1995 © Laurent Van der Stockt / Gamma

Tchétchénie © Laurent Van der Stockt / Gamma

 Photographier les enfants dans la guerre

« Les enfants sont un sujet qu’il faut manier avec plus de prudence et de pudeur que d’habitude, car c’est un sujet qui touche l’émotionnel des gens. Et une photographie « émotionnelle » est toujours dangereuse. Beaucoup de journaux en utilisent, parce que c’est « attendrissant ». Quand ils utilisent mes photos d’enfants sur un mode larmoyant et émotif, j’ai l’impression de voler quelque chose et d’être volé par les médias. »

Kaboul, décembre 1994, un enfant transporte du bois sur l’avenue Judde © Laurent Van der Stockt / Gamma

Une famille et son enfant, dans la ville de Grozny, ravagée par la guerre © Laurent Van der Stockt / UNHCR (Agence de Nations Unies pour le réfugiés)

Mostar, Bosnie, septembre1993, dans l’enclave de Mostar Est © Laurent Van der Stockt / Gamma

Grozny, 1996 © Laurent Van der Stockt / Gamma

Grozny, 1996 © Laurent Van der Stockt / Gamma

Autocensure

« C’était en Somalie, lors des grandes campagnes de distribution de riz. Mais le riz n’arrivait pas là-bas ! Un pick-up de 15 sacs de riz est arrivé, au milieu d’une vingtaine de photographes. Je me suis senti incapable de faire cette photo. Ils ne distribuaient pas de nourriture. On a une responsabilité personnelle. Si on sait que ce n’est pas vrai, on ne doit pas participer à la diffusion de ces images. J’ai juste fait une photo de la masse de photographes. »

Propos recueillis par Margaux Duquesne

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